Happy Bourbon's day 2k11

En ce jour particulier et si solennel, je me suis longtemps demandé si oui ou non il fallait bloguer. Bloguer pour dire quoi, pour le dire à qui ? Cher lecteur, fait unique et avantage rare, j'ai demandé à mon alter-égo littéraire de bien vouloir accepter un quatre mains d'exercice pour fouler au pied cette journée. Nous accueillons donc exceptionnellement lulu (ouaissss !!) pour cet essai artistique où réalité et fiction mélangent sentiments et crustacés. Nous préférons prévenir que nous espérons ce texte beaudelairien et que les mots sont susceptibles de blesser les plus jeunes d'entre nous. Le PEGI étant annoncé, nous pouvons, le rideau, laisser tomber.

Dédicace : nous dédions notre art à notre fils, Marc. Puisses-tu te marier de notre vivant et que nous jouissions de ton bonheur, pour toute l'affection que nous te portons.

Aucun(e(s)) auteur(e(s)) n'a été blessé durant la (émouvante) rédaction. Aucune substance ne fut. Nécessité fait loi.

Vapeurs de whisky, une clope se consume, bloquée dans l'interstice du cendrier. Le quatorze février est annoncé. Rose(s), rouge(s), fioriture. Dégoulinante joie de montrer que l'on est heureux au reste du monde. Badinage et fleurt ; fleurs, repas et balades miévreuses. Non pas que le commerce nous répugne, il fallut inventer pire vicissitude pour que changeât le plomb en or. Non point d'avantage que le regard des autres fut gênant. Non point que leur bonheur nous répugnât, mais que l'obligation d'avoir une apparence joyeuse semblât la règle.

Diables, qui êtes-vous pour gouverner notre humeur, notre colère, notre joie ? Comment comptez-vous assigner à résidence nos sentiments et faire pâlir notre envie d'être à votre place pour une journée, une heure, une minute... une seconde ? Car c'est bien de cela dont nous parlons. De ce sentiment étrange et pénétrant qui réchauffe le cœur et glace la raison, de cet état où, juste, pensant à l'être aimé, votre souffle est coupé, vous vous sentez mal, défaillir. À peine le bras tendu et tôt vous étalez votre long sur le parvis. Personne pour venir à l'aide, personne pour entendre résonner ce cri silencieux, cette douleur latente qui, de bas en haut, déchire votre âme. Cet état d'agonie où, figé par le marbre de l'angoisse, de mille couteaux on vous lacère le cœur jusqu'à ce qu'aucune humanité ne puisse en être tiré, jusqu'à ce que la bête hurle à l'effroi et transforme fureur en réalité, cynisme en vérité, froideur en moralité. C'est ainsi que nous avons formé nos assassins, c'est ainsi que nous avons tué leur prochain. D'avenir en passé, le malaise ne peut se trouver apaisé, car l'amour refusé n'augmente que leur anxiété. D'angoisse en peur, de peur en colère, de colère en fureur ! Tristement armé d'une corde ou d'un cimeterre, ces maures, ces sarrasins, ces étrangers que vous rejetez. Ceux pour qui vous n'avez que mépris et dédain. C'est eux votre miroir, c'est eux votre demain.

Savez-vous que si vous leur aviez fait une place, même petite, la guerre eut été évité. Mais parce que vous leur avez refusé la chance, parce que cette destinée les a fait boiteux, aveugles, sourds et muets, parce que vous les avez écorché vifs alors qu'ils tendaient la main du condamné, parce que vous avez craché, menti et hué, pour cela vous serez châtiés. Ô, toi, homme qui a abusé de la confiance, qui de ton discours charmeur n'a voulu que satisfaire ta volonté, qui n'assume que tes besoins innés, crois-tu qu'assistance nous allons te porter ? Et toi, femme, pour t'être jouée de nous, toi qui de tes charmes a manifesté la volupté et sitôt tes désirs comblés s'est envolée dans une volute de fumée, crois-tu réellement que nous pourrons te pardonner ? Nous te savons coupable, l'un comme l'autre, l'un avec l'autre. C'est vous, c'est votre faute. Ô amère déception, sommes-nous condamnés à errer dans ce désert, dans cette infirmité ? Qui prendra le soin de nous restaurer, qui nous abreuvera, qui apaisera le feu qui nous consume et jamais ne nous achève ?

Mais rassérénez-vous. Demain, nous serons sous la lame. "Vivons !", nous dîtes-vous. Mais quelle folie vous prend, quelle folie vous attache ? Vivre ne peut l'être que par l'aimé. Vous ne le savez pas, aveugles de que vous êtes ! Éblouis par votre quotidien, vous en oubliez la froideur de la vie, la démence, l'apoplexie. Car il ne sert de rien à l'homme de vivre pour passer. Il ne sert à rien à la femme de vivre pour laisser. Laissez nous vivre, mais ne vivez pas de nous laisser ! Car notre faute n'en est pas une. Nous t'avons cherché, tu nous a rejeté, nous t'avons attendu, tu nous as ignoré, nous t'avons poursuivi, tu nous as feinté. Mignonne, vient, allons voir si la rose. La rose pourpre se tâche et s'abîme. De la noirceur naît cette beauté, fatale, froide et inanimée. Allons voir si la rose. De prose en pause, rien ne laisse s'occulter la fréquence aiguë et agitée. Allons voir si. Parenthèse méthodique d'une possible sortie. Si.

Charles ! Ô, Charles ! Nous t'empruntons à nouveau tes mots : "Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !"

Nous les chantons et les choyons car combien profonde fut ta tristesse, toi qui créa l'idéal pour affirmer ton spleen. Toi qui eut écrit combien la femme ne fut jamais aussi bien aimé que par l'homme. Toi qui exposa, nu, tes sentiments, nous pensons à toi quelques instants, pour goûter avec succulence, combien cette fête éculée tu aurais raillé. Et nous t'oublions car une fois dans l'année, il faut s'autoriser de si sombres pensées pour laisser au lendemain l'espoir du matin.

Toi, qui me lit silencieusement et que j'aime passionnément, je te dédie ce poème dont ce vers fut tiré. Tes larmes sont mon bonheur, ne me les cache pas, je les aime comme faisant partie de toi.

Rest in peace.